mardi 22 décembre 2020

Hiver 2021 à Saint-Vincent-Paul, plus que jamais, SOLIDAIRE !


River bedAntoinette Nausikaä, NYC 2019, digital c-print, 60 x 90 cm
En 2021, 36 paroisses parisiennes vont mobiliser 3000 bénévoles et accueillir près de 200 personnes de la rue.
Malgré, ou peut-être plus encore, en raison des circonstances actuelles, Hiver Solidaire reste un lieu de rencontre vraie, une occasion de partager une expérience humaine et spirituelle.


Dans le Xe arrondissement, à Saint-Vincent-de-Paul, Hiver Solidaire commencera  le dimanche 3 janvier à 19 heures 45 à la crypte de l'église où nous accueillerons quatre personnes de la rue. Et tous les soirs suivants,  jusqu'au printemps.
Pour cette année très particulière, avec l'aide d'un médecin hospitalier, bénévole d'Hiver Solidaire, nous avons élaboré un protocole sanitaire sur mesure.
Ce protocole a aussi été validé par le médecin du Centre COVID Précarité de la Direction de la Santé Publique qui nous encourage à continuer d'accueillir les personnes de la rue pour l'hiver, comme nous y engage aussi le Vicariat pour la Solidarité du Diocèse de Paris.



Sainte Véronique et la Sainte Face,
Theotokopoulos Domenico, dit Le Greco (1541-1614), 
huile sur toile 91 x 84 cm, Tolède, Musée de Santa Cruz.
Les dîners se feront à six autour de la table : deux bénévoles et quatre accueillis. 
Un bénévole référent sera toujours présent entre 19 heures 45 et 8 heures du matin.
Les quatre accueillis dormiront chacun sous une tente installée à bonne distance dans la crypte.
Quatre sans abri, comme quatre points cardinaux, sous des tentes, sous le plafond de la crypte de l’église Saint-Vincent-de-Paul. Un abri dans l’abri comme un tableau dans le tableau, une mise en abyme pour ne pas oublier de ne pas nous laisser aspirer par l’abîme de notre indifférence.

Nous appelons dès aujourd'hui des bénévoles pour assurer cette mission tous les soirs de la semaine : préparer un repas simple pour six personnes et le partager ou passer la nuit avec les personnes accueillies.






Association Hiver solidaire Saint-Vincent-de-Paul
avec le soutien de la Fondation Notre Dame 
et de la 
Fondation Frédéric Ozanam


jeudi 19 mars 2020

Hiver Solidaire, "des étincelles dans ma vie !"

Témoignage de Charly


Blanche, Pascale, Benoit, Bah, Gregory, Laurent, Dan, Ahmed et Petru,
bénévoles et accueillis d'Hiver Solidaire 2020
« Cela fait 6 ou 7 ans que nous vivons ici, 6 ou 7 ans que je vois avec admiration Saint Vincent de Paul qui mérite tellement bien son nom : une paroisse qui se bouge, des bénévoles tellement incroyables, tellement forts, trop forts !!!

Il y a 2 ou 3 ans, Priscille, mon épouse, m’a dit : ”Viens, on va dîner avec des sans-abris chez les Captifs !”. Je n’ai pas pu, je n’ai pas su, prisonnier dans ma crise de foi et mes appréhensions.

Et puis 2, 3 évènements forts en Novembre, notamment la Porte d’Aubervilliers, coincés en voiture au milieu des réfugiés, de la misère du monde, le Choc, la Honte !!!
Avec Hiver Solidaire si près, je ne pouvais plus hésiter, j’ai sauté le pas....
Quelle chance pour moi qui remet des étincelles dans ma vie !

Concrètement, Hiver Solidaire, c’est surtout créer des liens, c’est donc mieux de venir plusieurs fois.
Ce sont 6 accueillis qui s’engagent, 2 accueillants ou accueillantes qui apportent un repas toujours savoureux et copieux et qui passent la soirée avec nous,

2 accueillants dont un référent ou référente qui restent pour la nuit.
C’est de la chaleur partagée; même parfois, sans un mot, on se parle...
Pour eux, on espère que c’est un moment de pause: ne pas devoir passer la journée à chercher un abri pour la nuit, ça ouvre des possibilités...
3 accueillis ont ainsi trouvé place dans une résidence où ils sont désormais colocataires. Ils ont immédiatement été remplacés, Hiver Solidaire est toujours en surbooking !

J’hésite à évoquer mon engagement au delà de mes proches. J’ai tort. Il faut faire savoir que c’est possible, que ce n’est pas très difficile et que ça fait un bien fou.
Enfin, ne dites pas que ce que je fais est formidable. Ceux qui sont formidables, ce sont les accueillis, car eux, ils sont là tous les soirs, courageux, bons, sympas, méritants.

Dans tous les cas, tous, à un moment ou à un autre, feront de leur mieux pour participer, et tous, savent remercier à leur façon.

Et à tous merci, vous les accueillis, vous les accueillants, et merci à vous les coordinateurs, qui depuis 10 ans, faites un travail aussi rayonnant sur chacun de nous...»


Témoignage de Virginie


La table vide, Hiver Solidaire 2020, Crypte de l'église SVP
« Ces deux mots que je prononce et que j’écris plus que de raison depuis 2 ans.
Hiver Solidaire, c'est le plus beau signe de fraternité que je connaisse. Bien au-delà de quelques dîners partagés, bien au-delà de quelques nuits passées ensemble, de ces cafés pris un mardi matin à la Maison Bleue ou d'une pizza chez Michel Angelo, bien au-delà d'un groupe Whatsapp et d'un Doodle parfois difficile à maitriser. Hiver Solidaire c'est tout ça et tellement plus à la fois.
Ce soir, je pense à vous, mes amis bénévoles.
C'est vous qui faites la force de ce groupe. Ce soutien mutuel que nous nous apportons, cette écoute toujours bienveillante, si apaisante dans les moments compliqués que nous avons eu à vivre, plus que jamais ces dernières semaines, me touchent à un point que vous n’imaginez pas. Ce soir l’évocation de vos prénoms me réchauffe le coeur : Damien, Roland, Pierre, Corinne, Véronique, Olivier, Bertrand. 

Si loin de moi, si différents les uns des autres, mais tous prêts à se donner corps et âme pendant ces mois d'hiver et au-delà pour "nos gars".

Hiver Solidaire, c'est beau. Et c'est moins beau parfois. C'est dur, c'est triste, ça fait faire des nuits blanches, ça fait pleurer trop souvent et d’autres soirs ça fait pleurer de rire, ça fait s'interroger, se remettre en question chaque soir, chaque matin, à chaque rencontre. Mais qu’est ce que ça fait du bien de ne pas être sur de soi, de faire des erreurs et de s’en rendre compte.

Hiver Solidaire, c’est surtout vous « les gars », mes amis, aux prénoms gravés à jamais dans mon coeur : Kader, Michel, Fofana, Dan, Julien, Petru, Bah... et les autres que j’ai eu tant de plaisir à retrouver chaque soir autour de cette grande table en bois. Cette table que j'aime tant et qui va tellement me manquer dès demain.

Ce soir ma tristesse est égoïste je le sais. J’aurais aimé que ces soirées dans cette crypte ne s’arrêtent pas tout de suite, pas si vite.
On reçoit tellement plus qu'on ne donne ici. Hiver Solidaire c’est être en veille nuit et jour et mettre de coté le reste de sa vie pendant 3 mois. Maintenant je vais me reposer un peu mais je penserai chaque jour à vous mes amis, c’est promis.»






lundi 16 mars 2020

Compte-rendu du 73e et dernier soir d'Hiver Solidaire 2020

D'un soir à l'autre, d'un bénévole à l'autre un lien se noue avec les personnes de la rue accueillies dans le cadre d'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Dimanche 15 mars, Bah, Daniel, Petru et Samson ont été accueillis par Sarah, Anne et Arnaud.

L’Ange debout dans le soleil, Joseph Mallord William Turner (1775-1851), 
huile sur toile, 78,7 x 78,7 cm, Londres, Tate Collection
Nous sommes arrivés avec des consignes d’hygiène très précises à respecter. Tout le monde était là.
Après passage au lavabo pour laver les mains, javellisation de la table, nettoyage à nouveau de la vaisselle et installation de la table par les bénévoles.
Petru était visiblement chagriné de ne pouvoir mettre la main à la pâte et s’est rattrapé sur la rituelle bénédiction pendant que Sarah servait une réjouissante salade de crevettes aux 1000 saveurs. Ensuite a suivi un curry de poulet aux 4 céréales non partagé par Petru qui, à son habitude, est parti se coucher. 
Sur les consignes de Damien, nous avons écourté le moment du repas et écarté le fromage pour mieux savourer le quatre-quart aux poires de Sarah .
Nous étions tous inquiets, Sarah en particulier en imaginant le confinement de la famille en restant à Paris. Lorsque Arnaud a évoqué avec Bah et Samson l’acte héroïque de Mamoudou Gassana lorsqu’il a sauvé cet enfant suspendu, Bah n’a pas hésité, il aurait fait de même et d’ailleurs comment faire autrement. Puis Sarah nous a quitté vers 9h30 un peu avant le coucher .
La nuit a été assez mouvementée, Petru allant demander à Daniel d’arrêter de ronfler.
Lever à 5 h 45 pour Samson, café puis départ. Ensuite Petru à 6 h 30 pour un retour éclair vers 7 h 45.
Il reste une baguette et un pain aux céréales, 4 clémentines, 4 parts de quatre-quarts aux poires.
Nous nous sommes quittés à 8 heures sur une réflexion optimiste de Daniel résumée approximativement :
Les hommes ont bien su détruire la terre sur laquelle ils vivaient, ils sauront la reconstruire …



Compte-rendu du 72e soir d'Hiver Solidaire 2020

D'un soir à l'autre, d'un bénévole à l'autre un lien se noue avec les personnes de la rue accueillies dans le cadre d'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Samedi 14 mars, Bah, Daniel, Petru et Samson ont été accueillis par Sixtine, Nathalie, Xavier, Ahmed et Fofana.


Agouti, 1804, Léon de Wailly (actif de 1801 à 1824)
dessin sur papier vélin, Paris, Muséum national d’Histoire naturelle 
(MNHN), bibliothèque centrale.
Début de soirée un peu affairé. Sont déjà là Sixtine et Xavier les bénévoles dîner, ainsi que Samson, Daniel, Petru et Ahmed (bras chargés des victuailles de Carton apportées par Agnès et Roland) ce dernier discutait avec un homme d’une cinquantaine d’années qui souhaitait dormir. Après lui avoir expliqué qu’il y avait des démarches auprès des captifs, Roland et Agnès ont gentiment pris le temps de l’accompagner pour lui montrer les locaux des captifs. 
Pendant ce temps, Bah était arrivé. Sixtine et Xavier géraient en vrai pro le repas et le couvert était mis. 
Le repas commence comme il se doit après le bénédicité de Petru et la litanie des prénoms commence (plusieurs pages de carnet sont maintenant nécessaires). Vers 21 heures Fofana arrive en renfort pour la nuit (grande reconnaissance) avec comme invité surprise Soro.
Au menu : soupe de légumes, spaghettis à accommoder aux goûts de chacun : champignons, lardons, fromage râpé. 
Les fruits ont eu plus de succès que les gâteaux. 
Les discussions furent détendues et joyeuses sur fond d’un virus dont je tairai le nom ; sujets au choix : animaux de la brousse (agouti), des inégalités de richesse, la colonisation etc. Samson est parti assez vite se coucher, j’apprendrai en fin de soirée qu’il fut victime d’un vol avec agression. 
Petru, après la soupe, a discuté avec Sixtine et Xavier aidés de Google traduction .
Joie de retrouver Ahmed,Soro et Fofana qui apportent toujours simplicité, sourire et positivité (on en a bien besoin). Le nettoyage et le rangement furent efficaces, comme d’habitude.
Coucher aux alentours de 22 heures après avoir raccompagné Soro, Sixtine et Xavier. 
Le réveil de Petru fut matinal comme d’habitude (même le dimanche) à 6 h 20 pour un départ à 7 heures. Fofana part un peu avant 8 heures, les autres profitent de la grasse matinée du dimanche. Le petit déjeuner sera concentré sur le soutien envers Samson et je sens une très grande solidarité entre eux.
Départ tranquille vers 9 h 15 .


samedi 14 mars 2020

Compte-rendu du 71e soir d'Hiver Solidaire 2020


D'un soir à l'autre, d'un bénévole à l'autre un lien se noue avec les personnes de la rue accueillies dans le cadre d'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Vendredi 13 mars, Bah, Daniel et Petru ont été accueillis par Virginie, Antoinette, Ahmed, Laurent et Bertrand.


La soupe aux huîtres, 1942, Paul Jacoulet (1896-1960), 
aquarelle et dessin au crayon sur papier, 
Paris, musée du quai Branly - Jacques Chirac
Petru nous distribue à l’arrivée du gel hydro alcoolique... avant de nous attraper affectueusement à pleines mains pour nous montrer comment ouvrir la crypte... et que nous lui rappelions qu’il faudra attendre quelques semaines avant de retrouver nos bonnes vieilles habitudes tactiles latines. 
Samson annoncera plusieurs fois son arrivée dans la soirée... mais ne viendra pas. Nous leur annonçons l’arrivée de Michel dimanche soir. Il manque du savon et presque plus de gel hydroalcoolique.
Salade de saumon et pommes de terre, riz au curry, poulet et légumes, gâteau aux pommes et vanille. 
Bah pense qu’Antoinette devrait ouvrir un restaurant africain à Château d’eau. 
Dan disserte sur les desserts salés (les « comtesses », des petits sablés guyanais) et son enfance dans l’arrière-cuisine du restaurant de sa grand-mère et son père. 
Ahmed regrette qu’il n’y ait plus de soupe à son foyer ni ce soir (« la soupe est morte avec le coronavirus ») et au contraire Dan se réjouit que Virginie ait un peu varié les plaisirs pour les entrées. Il part donc dans une caricature délirante des paroissiens - difficile à retranscrire par écrit sans pouvoir reprendre notamment son intonation de voix - qui déclenche les fous rires. Il se représente en effet en tant que jury - malgré lui ! - d’un concours de soupe (« gouttez ma soupe, elle est pas bonne, elle est au butternut » !).
Soirée calme et détendue, presque hors du temps : on passe des internats irlandais de la seconde guerre mondiale - très précaires avec un semblant de toilette une fois par semaine - aux considérations sur l’impact des marées sur notre équilibre interne et notre capacité à produire de l’électricité avec notre corps en passant par la description d’Ahmed de sa nouvelle vie dans le douzième qu’il semble apprécier... à partir du moment où il peut continuer à « retourner en famille » deux jours par semaine dormir dans la crypte. 

Tête du Christ, Rembrandt (1606-1669), 
huile sur bois, 35,8 x 31,2 cm, Philadelphie (Pa.), Philadelphia Museum of Art
Pendant la vaisselle, Bah nous fait un cours sur les classifications du rap (celui du 9.1, du 9.2, du 9.3 et de catégorie A, B ou C n’ont bien sûr « strictement rien à voir ») avant que Dan ne pousse la chansonnette avec sa voix de crooner pour Antoinette et nous dévoile sa chanson dédiée à Bah. 
Nous finissons la soirée par une chasse à la souris trouvée en haut des escaliers : l’instrument utilisé pour tenter de l’empêcher de descendre à la crypte – pris pour une planche avant de se révéler sous son vrai visage, un portrait du Christ - ne sera pas très efficace pour l’empêcher de devenir une nouvelle bénévole de nuit.
En sortant, un passage par la boulangerie Carton me permet de le remercier au nom d’Hiver Solidaire. Il répond que c’est normal, qu’il est « croyant », nous échangeons sur nos différentes conceptions de l’aumône et il me dit que par ces temps troublés (il fait référence à Caïn et Abel) il espère que nous saurons garder une certaine fraternité et l’aumône du sourire…





vendredi 13 mars 2020

Compte-rendu du 70e soir d'Hiver Solidaire 2020

D'un soir à l'autre, d'un bénévole à l'autre un lien se noue avec les personnes de la rue accueillies dans le cadre d'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Jeudi 12 mars, Bah, Daniel, Petru et Samson ont été accueillis par Caroline, Bruno, Charles et Pierre.


Le rêve. «Il voit dans son sommeil l’Amour, la Gloire et la Richesse lui apparaître», 1883
Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898), huile sur toile, 82 x 102 cm, Paris, musée d’Orsay
Ahmed, que j’avais invité, et Petru étaient là avant 20 heures, Daniel, Bah puis Samson les ont rejoints avant 20 h 30.
Chacun a apprécié à leur juste valeur les savoureuses lasagnes de légumes accompagnées d’une salade verte et la tarte crumble de spéculoos qui les a suivies.
L’axe de la conversation a tourné autour de l’Afrique, que Caroline et Bruno ont un peu visitée : Pays Dogon, Mopti, Nairobi, sans oublier toutefois la Réunion et la Guyane grâce auxquelles nous sommes passés de la diagonale du fou au bagne, désormais librement visitable. Côté virus, c’était plutôt Ebola, mortel en 24 heures, que Corona. Pendant tout le dîner, Petru a été avec Caroline d’une prévenance constante, la revêtant même d’un blouson panthère du plus bel effet.
Le dîner terminé, tout le monde s’est affairé à la vaisselle, Bah et Samson aux bassines, les bénévoles aux torchons; sauf Daniel qui a continué à converser avec Caroline et Petru qui est allé dormir.
Nuit habituelle.
Départ vers 6h30 de Samson et un peu plus tard de Petru. Lever des dormeurs sans difficulté. Charles évoquant le rêve qu’il avait fait au cours duquel j’aurais fait ma gymnastique sous son nez, et qu’il avait modérément apprécié, Bah a rebondi sur «le rêve dans le rêve» qu’il lui arrive de faire, ses rêves se passant toujours dans le passé ou dans le futur, jamais dans le présent (sic). Du rêve au souvenir il n’y a peut-être qu’un pas : souvenir de la 2 CV, de Charles Aznavour, d’un arbre du Mali, le shi, qui donne de l’eau et de l’huile.
Tâches domestiques effectuées de façon parfaitement fluide.
Dispersion de la petite équipe autour de 8 heures.
Apporter 3 baguettes mais surtout pas de fromages ni de clémentines.


jeudi 12 mars 2020

Compte-rendu du 69e soir d'Hiver Solidaire 2020

D'un soir à l'autre, d'un bénévole à l'autre un lien se noue avec les personnes de la rue accueillies dans le cadre d'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Mercredi 11 mars, Bah, Daniel, Petru et Samson ont été accueillis par Véronique, Abdelilah et Olivier.


Femme dans les coulisses, 1937, Benejou Rabinowicz (1905-1989),
huile sur toile, 92 x 64 cm, Paris, Centre Pompidou - 
Musée national d’art moderne
Ce soir Samson est le premier arrivé vite rejoint par Petru. Roland nous fait une petite visite vers les 20 heures pour prêter main forte à l’équipe. Mais tout est calme aux environs. Bah et Daniel sont vite là et nous attendons Véronique qui a accepté en milieu de journée de remplacer in extremis Baptiste, mis en quarantaine par son entreprise parce qu’il a croisé une personne infectée. Il en faut plus pour nous inquiéter et le dîner peut commencer par les prières de Petru.
Grâce à Véronique, la litanie des bénévoles est complétée ce soir par la mention d’une « bénévole de l’ombre », Amélie, symbole de toutes les conjointes et conjoints qui, en cette période d’hiver Solidaire, œuvrent dans les coulisses soit pour préparer un plat soit pour « faire tourner » la famille pendant que l’autre membre du couple est dans « la lumière » d’Hiver Solidaire.
Merci à vous toutes et tous les bénévoles de l’ombre à qui ce compte rendu est dédié : sans votre soutien constant, notre engagement ne pourrait se déployer aussi allègrement !
À 20 h 30 nous passons à table avec appétit pour découvrir la salade audacieuse préparée par Véronique mêlant brocolis et betteraves. Puis vient le chili con carne préparé par Amélie (femme d’Olivier) qui fait l’unanimité : Daniel en reprend même trois fois une pleine assiette, alimentant ainsi non seulement son estomac mais aussi sa verve philosophico-cosmique particulièrement remarquée durant la fin du dîner...où nous ne sommes que 7 ce soir. Petru file dormir après sa soupe sans attendre la fin du dîner et le bon gâteau à l’ananas de Véronique : tout le monde est au lit avant 22 heures. 
Au réveil, Petru et Samson comme d’habitude sont les plus matinaux, Petru faisant remarquer que les rugissements nocturnes du grand fauve ont été cette nuit moins tonitruants que la nuit passée. Abdelilah, qui a accepté de remplacer Damien à la dernière minute, a cependant peu dormi. 
Au petit déjeuner Abdelilah demande des nouvelles d’Oddy et de Kader qui étaient à HS l’année dernière.
En faisant la vaisselle du petit déjeuner Bah nous parle de sa famille et de sa vingtaine de frères et sœurs (son père avait trois femmes qui se sont remariées après son décès) et de sa mère qu’il n’a pas revu depuis qu’il a quitté le Mali il y a 10 ans mais avec laquelle il reste en contact.
Un peu après 8 heure, on repart chacun de son côté...



mercredi 11 mars 2020

Compte-rendu du 68e soir d'Hiver Solidaire 2020

D'un soir à l'autre, d'un bénévole à l'autre un lien se noue avec les personnes de la rue accueillies dans le cadre d'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Mardi 10 mars, Bah, Daniel, Petru et Samson ont été accueillis par Sabine, Marie-Christine, Baptiste et Roland.



Repas, 2010, Martin Bruneau (né en 1960),huile sur toile, 130 x 150 cm, Galerie Isabelle Gounod à Paris
20 heures, un lendemain de tempête.
On se retrouve à la grille et on s’installe, non sans avoir présenté et essayé la sonnette qui relie dorénavant la crypte à l’entrée de St Vincent-de-Paul.
Dîner en nombre réduit depuis les départs de Dramane et Roberto.
Après les bénédicités de Petru, qui restera jusqu’au plat, on passe à la Soupe de pois cassés de Marie-Christine. Le vert de la soupe plaît à nos convives.
Puis Sabine a préparé un « Bœuf-carottes » qui remporte un franc succès : clin d’œil à ce qui suit ?
En effet, c’est l’occasion de se rappeler la soirée d’hier et de recueillir les impressions des accueillis.
Plus de peur que de mal. Un peu d’incompréhension, mais une envie de continuer ensemble.
Il est vrai qu’on est tous maintenant, autour de la table, accueillis comme bénévoles, de « vieilles connaissances » et cela se voit et s’entend.
Daniel à la manœuvre pour la vaisselle pendant la pause cigarette.
La fatigue aidant, le coucher se fait tôt. Après un fort rugissement, notre Lion de Guyane s’endort.
La nuit sera calme ponctuée d’autres rugissements plus contenus et entrecoupée de phrases en roumain que je ne sais pas traduire.
Réveil matinal de Samson. Baptiste, nouveau pilier de cette saison d’Hiver Solidaire et qui revient ce soir, l’accompagnera dans son petit déjeuner et lui ouvrira la porte.
Petru suivra et finalement les clés seront rendues à l’heure après ménage et vaisselle.
Il fait doux dehors.


Compte-rendu du 66e soir d'Hiver Solidaire 2020

D'un soir à l'autre, d'un bénévole à l'autre un lien se noue avec les personnes de la rue accueillies dans le cadre d'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Dimanche 8 mars, Ahmed, Bah, Daniel, Petru, Roberto et Samson ont été accueillis par Laurent, Jeanne, Corinne et François.


Aspen Winter Jazz, 1967, Roy Lichtenstein (1923–1997)
Sérigraphie, 66 x 101,6 cm, NY, Museum of Modern Art
Une soirée Hiver Solidaire pas comme les autres puisque nous démarrons avec la belle messe de 18 h 30 où les bénévoles sont venus nombreux entourer ceux des accueillis qui sont dans l’assistance. Beau et touchant témoignage de Charles qui parle à chacun d’entre nous. 
La soirée se poursuit avec un concert de jazz vocal porté par un jeune et prodigieux trio de l’école Didier Lockwood - merci à Laurence de nous avoir offert ce beau moment. 
Le buffet dans le déambulatoire est copieux et bien garni. Laurent et sa fille Jeanne veillent à tout, les conversations vont bon train, deux jeunes femmes de passage, qui sont restées après la messe, demandent si c’est comme ça tous les dimanche, parce qu’elles trouvent ça drôlement bien, ici.
Petru, arrivé à 20 heures, est allé se coucher au plus vite. Roberto a attrapé le dernier morceau et le bis avant de participer aux agapes. Bah et Daniel présents depuis le début, se sont manifestement régalé du festin musical et amical. Samson, arrivé après 22 heures, préoccupé par ses soucis, n’a pas pu avaler une bouchée et a déjeuné sur le pouce ce matin avant de repartir travailler. 
Nuit un peu écourtée donc, avec son départ et celui de Petru vers 6 heures, puis petit déjeuner détendu malgré un réveil bougon de Daniel qui déplore les ronflements sonores de son voisin — qui s’était lui-même plaint la veille au soir des ronflements du sien. Sourires amusés dans l’assistance. François avait bien essayé, pourtant, de distribuer, la veille, des boules Quiès. Tout allait mieux après le café.


dimanche 8 mars 2020

Compte-rendu du 65e soir d'Hiver Solidaire 2020


D'un soir à l'autre, d'un bénévole à l'autre un lien se noue avec les personnes de la rue accueillies dans le cadre d'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 

Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Samedi 7 mars, Ahmed, Bah, Daniel, Petru et Roberto ont été accueillis par Muriel, Loïc et Pierre.


Rémus et Romulus allaités par la Louve romaine, Annibale Carrache (1560-1609
et ses frères Agostino et Lodovico, peinture à fresque, Italie, Bologne, palais Magnani.
À l’ouverture des portes à 20 heures il n’y a personne mais cinq minutes plus tard nous sommes six. Le protocole de désinfection est scrupuleusement suivi par tous et la table rondement mise. 
Prière et litanies de Petru sont écoutées dans un silence respectueux puis on se met à table vers 20 h 30 sans attendre Roberto et Samson. L’entrée, constituée par une soupe carottes, curry et lait de coco préparée par Muriel est avalée à grandes lampées sonores...interrompues par l’arrivée fracassante de Roberto qui exprime dans un espagnol saccadé son indignation d’avoir trouvé portes fermées malgré ses appels répétés. On comprend qu’il a escaladé la grille pour entrer. 
Le dîner se poursuit avec la dégustation du ragoût de saumon et colin avec crevettes et poulpe, sauce à la béchamel, de Diane, qui a pour effet d’amadouer toute l’assistance, y compris Roberto qui se détend peu à peu. Et comme si cela ne suffisait pas, au fromage succède une extraordinaire salade de fruits issus d’un maraîcher rue Caulaincourt que Muriel qualifie de meilleur de Paris.
La dégustation de ces plats nuit dans un premier temps à la discussion mais très vite après elle débute avec la description par Daniel du rôle de la mythologie dans la naissance de toutes les civilisations et - vous l’avez deviné - la lutte contre le coronavirus. Chacun s’exprime, sauf Roberto très muet dans son coin, et chacun apprend quelque chose, par exemple que l’Italie est plus durement touchée parce que sa population est la seconde plus âgée au monde, après celle du Japon, ou encore qu’en France beaucoup d’entreprises réduisent considérablement les voyages d’affaires, avec les conséquences que l’on peut imaginer. 
Roberto sort alors de son mutisme pour expliquer comment les diverses mafias contrôlent la planète. Loïc s’entretient avec Bah de la Genèse que ce dernier vient de lire. Il nous apprend qu’après avoir lu le Coran il veut lire la Bible.
Pendant tout ce temps, aucune nouvelle de Samson. Muriel nous quitte vers 21 h 40 et la vaisselle est faite par Ahmed, Bah et Loïc, mais sans aide de Daniel ou Roberto. Tous les accueillis sont couchés vers 22 h 45 et l’extinction totale des feux intervient à 23 h 30 après une dernière vérification au cas où Samson attendrait dehors. 
Nuit sans histoires, tour à tour ronflante et silencieuse. Au réveil l’atmosphère est languie et conviviale. Daniel, décidément en verve, livre sa pensée sur l’insignifiance de l’homme face au cosmos. La plonge et le rangement sont assurés, toujours par les trois susnommés. Enfin, rangement des bancs comme nous l’a demandé Damien puis départ général à 9 h 20.