lundi 14 février 2022

"dis-moi avec qui tu manges"

Si Brillat-Savarin a popularisé en 1825 dans son Traité de physiologie du goût l’adage selon lequel  Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es, cela ne suffit pas, il faut dire aussi dis moi avec qui tu manges et je te dirai ce que tu es.

Intérieur de cuisine Anonyme flamand, XVIe siècle, huile sur bois,
56,5 x 74 cm, Lille, Palais des Beaux-Arts


















Ce blog aurait pu se nommer "Chroniques de repas partagés", le repas, cet acte si banal, est en réalité de si grande portée humaine !

Les bénévoles d'hiver solidaire qui préparent les repas et les partagent avec les personnes de la rue accueillies dans la crypte de l'église Saint-Vincent de Paul chaque soir de janvier à mars, mitonnent de très bons petits plats. Cela demande du temps, de l'imagination, une grande générosité.

Nature morte aux légumes, 1905, Henri  Matisse (1869-1954),
huile sur toile, 3!,4 x 46 cm, NY The MET




















L'excellente soupe de potiron de Matthieu,
la salade de mâche, avocat, crevettes et pamplemousse de Philipine,
l'exquise soupe de Butternut au lait de coco de Paul et Vanessa,
la tarte aux poireaux délicieuse d'Agnès,
La salade de champignons et les concombres à la crème très savoureux de Marie,
la soupe au potimarron & croûtons de Marguerite que tout le monde apprécie,
la soupe aux neufs légumes de Marie et Alexandre,
la surprenante soupe de choux fleur de Laurent,
ou le réconfortant cake aux poireaux de Virginie,

et tant d'autres fameuses entrées !

Coq domestique, poules et poussins, 1655, Francis Barlow (1624-1704),
huile sur toile, 83,! x 99,1 cm,New Haven, Yale Center for British Art



















Suivies, c'est selon, par
le renversant mafé de poulet de Clothilde,
le dhal mémorable de Sarah grâce à ses épices torréfiées,
le délicieux poulet aux champignons de Anne,
le couscous végétarien de Paul,
la délicieuse Tatin aux légumes d'Anne-Lise et Bruno,
l'incroyable poulet aux abricots, câpres et autres ingrédients secrets de Laurence et Florence,
le riz frit aux crevettes d'Adeline et Laurent,
les merveilleuses St Jacques aux girolles de Laurent,
le curry vert en variante épicée ou non épicée de Véronique et Corinne,
le mémorable crumble à la ratatouille de Sixtine et Xavier,
la véritable tortilla espagnole bien épaisse d'Irène et Thibaut,
et le "plat du dimanche" spécial de Sarah à base de riz, de ton, tomates, câpres et épices,

La liste n'est pas exhaustive...

Still Life with Teapot and Fruit, 1896, Paul Gauguin (1848–1903) 
huile sur toile, 47,6 x 66 cm, NY The MET


















Non plus que celle des délices sucrées qui subliment les repas d'Hiver Solidaire,

La généreuse mousse au chocolat de Virginie,
Le grand gâteau aux pommes d'Anne-Lise,
Le riz au lait exquis de Marie,
Le cake aux poires accompagné de crème anglaise de Paul et Vanessa,
Le gâteau à la fleur d'oranger de Cléo,
la tuerie au chocolat de Blanche et Pierre-Amans,
et l'inoubliable tarte au pamplemousse meringuée d'Anne-Lise et Bruno,

entre autres douceurs...

Les bénévoles ont fait de cette table une des plus solidaires et des meilleures du quartier !


La Cène, 1911, André Derain (1880-1954), huile sur toile, 227 x 288 cm,
 Chicago, The Art Institute of Chicago
 

















«
 Se mettre à table signifie bien autre chose que la simple satisfaction d’un besoin de nourriture.
Le repas crée un cercle, il est un moment d’échanges et de rapports privilégiés (…)» entre les personnes accueillies et les bénévoles dont certains vont rester dans la crypte pour la nuit.
« Le repas, lorsqu’il est partagé, ouvre un cercle spirituel qui peut être tout aussi bien l’occasion de discours anodins, de badinages légers, que d’échanges sérieux.
Le cercle des visages, le jeux des regards, les jeux d’esprit ou de séduction.
La table nous invite parfois à une sorte d’élévation ou de transmutation. 
»*

« Comment faire de la nourriture un sacrement ou un signe de la Présence divine autant qu’une source de rassasiement ? Comment transformer l’acte de manger en une expérience de communion plus que de simple consommation ? »** 

En  préparant et/ou partageant un repas avec les personnes de la rue à Hiver Solidaire évidemment !





*
Martine Gasparov, Bibliothèque nationale de France - BnF /La philosophie du quotidien | Le corps #6 Philosophie du repas
**Michel Maxime Egger, sociologue, écothéologien










mercredi 2 février 2022

10 ans et un mois...

L'Annonciation, détail de la main de la Vierge,
Rogier Van der Weyden (1399-1464),
huile sur bois, 86 x 93 cm,Paris, musée du Louvre
« Hiver Solidaire, 10 ans, un chiffre rond pour une action qui tourne bien.
C'est une initiative du diocèse pour mettre à l'abri, pendant les 3 mois d'hiver, des personnes vivant dans la rue.
Ici à Saint-Vincent-de-Paul, une centaine de bénévoles se relaient pour être présents à 20 heures, partager avec les accueillis un dîner préparé, dormir sur place, partager le petit-déjeuner. (...).

Il serait trop long de détailler ce qui se vit année après année,
je voudrais juste partager deux choses :

    la première est que cette action solidaire m'a beaucoup dérangée ; j'avais mes petites cases bien organisées, avec d'un côté ceux qui sont dans la rue et qui sont par nature faibles, fragiles, pauvres de tout, et nous de l'autre côté, les "bons" de l'affaire, les généreux, les forts, les 'sachants'.

Ces 10 années m'ont permis de faire voler ces cases en éclats. J'ai rencontré des personnes d'une générosité que je n'imaginais pas, capables de ne pas nous tenir rigueur de nos maladresses, capables de respecter les règles que nous avions posées et qui ont pu leur paraître parfois absurdes ou trop dures. Des personnes qui avaient envie de faire plaisir, de nous faire plaisir, de s'entraider et de nouer des relations d'amitiés avec tous. En gros, j'ai rencontré plus généreux que nous, que moi au moins.


La Nativité mystique, détail, Sandro Botticelli (1445-1510), huile sur toile, 108,5 × 74,9 cm,
National Gallery de Londres.
   
    la seconde chose que je souhaite partager, c'est la façon toute particulière dont nous fonctionnons, les quelques 12 personnes qui composent le groupe pilote d'Hiver Solidaire, C'est un fonctionnement collégial ; les choix sont discutés ensemble et c'est ensemble que nous décidons de ce qui peut ou doit être fait. Cela concerne le choix des personnes que nous accueillons, les règles de vie pendant Hiver Solidaire, ce que nous voulons mettre en place pour les personnes accueillies après les 3 mois passés à se connaître, à s'apprivoiser.
Ce fonctionnement collégial permet que la responsabilité ne repose pas sur une seule personne, avec l'inquiétude qui va avec.
Ensemble, nous sommes à la fois plus prudents et plus courageux. »

Ainsi témoignait Véronique en décembre dernier pour les 10 ans d'Hiver Solidaire à Saint-Vincent-de-Paul.


  

L’Annonciation, 1481, détail de l'ange, Sandro Botticelli  (1445 – 1510).
Fresque transposée, 550 x 243 cm, Florence, Galerie des Offices
     Au seuil de la saison 2022 qui commence le dimanche 2 janvier avec trois personnes accueillies, Sarah partage avec l'équipe des bénévoles une phrase imprimée au dos d'une carte de vœux reçue la veille : N'oubliez pas l'hospitalité . Grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges ! (Lettre aux Hébreux 13.2)

« Que Dieu bénisse Hiver Solidaire. » écrit Damien au lendemain du second jour où est accueillie une quatrième personne.

    Le 7e soir, Bertrand « constate à nouveau la frontière subtile entre "se montrer chaleureux et intéressé par l'autre" et "ne pas être trop intrusif" en ne posant pas trop de questions directes auxquelles ils peuvent être lassés de répondre tous les soirs, voire les trouver trop personnelles. »




    Le 8e soir, certains accueillis expliquent à Anne que dans leur pays, les personnes âgées sont respectées, écoutées et traités comme des sages de qui les conseils sont bons à suivre !

Cinq anges dansant au pied d’un trône, vers 1430, 
Giovanni di Paolo (Sienne, 1398 - id., 1482),
Tempera sur panneau de peuplier, Chantilly, musée Condé
 

Et le 10e soir : surprise ! sur la grille de la crypte, un sac est accroché avec 5 jolis sachets de sablés maison avec un adorable petit mot « pour Hiver Solidaire, de la part d'un couple de personnes âgées ». Véronique trouve « qu'ils ont un cœur extrêmement jeune et généreux, et les sablés sont délicieux ! Ne pleurez pas les suivants, il en reste...»

Les accueillis sont 5 à présent.


« 
Un peu avant que sonne la cloche, tous étaient partis. », écrit Pierre au matin du 17e jour.





Bougie, 1982,  Gerhard Richter (né en 1932), Huile sur toile,
90 cm x 95 cm, collection privée
« N. allume la bougie posée sur la table. Avec cette nappe à carreaux rouge et blanche et cette bougie qui éclaire à peine la table, on se croirait dans une trattoria du centre de Rome.», sourit Virginie le soir suivant.


« À 8 heures, je ferme cette parenthèse paisible de fraternité dans l’adversité. » note Roland un matin de brume.


« M. dort mal et fait des cauchemars, il est très touchant dans sa détresse, je lui promets de prier pour lui .»,  raconte le père Paul.






Football, Robert Delaunay (1885-1941), aquarelle sur carton,
 41,5 x 61 cm, Paris, centre George Pompidou

« Discussion très facile hier soir, en commençant par parler foot, la CAN, le Mali premier de son groupe, les ivoiriens favoris, etc. On a ensuite parlé des élections en France, puis de la situation politique au Mali où il faudra attendre très longtemps avant les prochaines élections, … C’était très intéressant comme échange.» se réjouit Patrice le 20e jour.


Deux jours plus tard, Virginie conclue : «  Nous sommes 9 autour de la table à jouer ensemble et c'est très agréable de voir le sourire sur le visage apaisé de chacun.»












vendredi 10 décembre 2021

HIVER 2022 à Saint-Vincent-de-Paul, toujours plus SOLIDAIRE !

 


Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul a fêté ses 10 ans !

Allégorie de la Charité, détail, Francisco de Zurbaran (1598-1654),
huile sur toile, 206 x 140 cm, Madrid, muée du Prado
« 10 ans, donc, qu’Hiver Solidaire s’est installé dans notre paroisse et dans nos vies, une petite lumière dans la nuit de l’hiver.
Il y a quatre ans, je disais que nous, accueillis et accueillants, y formions à chaque nouvelle édition une famille.

Ce qui se passe à HS est modeste : on partage un repas, on fait la vaisselle, on ramasse les miettes, parfois on joue aux cartes ou aux dés, et puis on dort, plus ou moins. Au petit matin souvent blême, chacun repart dans la ville.

Ce qui se passe à HS est important : on se repose, on parle, on s’apprivoise, on s’accueille, on rêve ensemble, on s’inquiète ensemble, on espère ensemble, on s’accompagne, on se donne du courage pour avancer.

Ce qui se passe à HS est en même temps complètement dérisoire, au regard des détresses et des besoins, et immense : en 10 ans, ce sont près de soixante personnes qui ont été accueillies, près de 300 bénévoles du quartier qui ont mis la main à la pâte.

Au fil des ans, nous avons mieux appris à veiller sur le lien entre nous tous, accueillis et accueillants, nous continuons à retrouver dans le quartier nos voisins, paroissiens, bénévoles, devenus souvent amis, nos amis accueillis devenus pour certains des voisins, et à leur tour, parfois, bénévoles. Nous avons la chance de pouvoir maintenir ce lien en paroisse, grâce à vous tous, grâce à nos amis des Captifs, et aux prières-rue et aux repas partagés du mardi soir.

La prochaine campagne d’Hiver Solidaire débutera bientôt : tendez l’oreille, venez nous voir, faites un bout de chemin avec nous, laissez-vous déranger, ça change tout ! »

                                                                                  

                                                                    Témoignage de Corinne pour les 10 ans d'H.S.



En 2022, 43 paroisses parisiennes vont mobiliser plus de 3000 bénévoles et accueillir près de 200 personnes de la rue.

Dans le Xe arrondissement, à Saint-Vincent-de-Paul, Hiver Solidaire commencera  le dimanche 2 janvier 2022 à 20 heures à la crypte de l'église où nous accueillerons six personnes de la rue. Et tous les soirs suivants,  jusqu'au printemps.

Viens, Seigneur Jésus, sois notre hôte, 1885,

Fritz von Uhde (1848-1911),

huile sur toile, 130 x 165 cm, Berlin Natio nalgalerie Staatli

Chaque soir,
2 bénévoles préparent le dîner et l’apportent pour le partager avec l’équipe s’ils le souhaitent. Un bénévole Référent et un bénévole Nuit dînent et dorment avec les accueillis.  

Notre
protocole sanitaire a été validé en 2021 par les médecins bénévoles d’Hiver Solidaire et le Centre COVID Précarité de la Direction de la Santé Publique qui nous encouragent à continuer notre action.

En ce temps de l'Avent, notre attente est grande, prenez le temps d'y penser, devenez bénévoles, rejoignez-nous pour assurer cette mission essentielle : préparer à 2 un repas simple pour 8 à 10 personnes et le partager ou passer la nuit à 2 avec les personnes accueillies. 

Malgré, ou peut-être plus encore, en raison des circonstances actuelles, Hiver Solidaire reste un lieu de rencontre vraie, une occasion de partager une expérience humaine et spirituelle.






Association Hiver solidaire Saint-Vincent-de-Paul
avec le soutien de la Fondation Notre Dame 
et de la 
Fondation Frédéric Ozanam


mardi 22 décembre 2020

Hiver 2021 à Saint-Vincent-Paul, plus que jamais, SOLIDAIRE !


River bedAntoinette Nausikaä, NYC 2019, digital c-print, 60 x 90 cm
En 2021, 36 paroisses parisiennes vont mobiliser 3000 bénévoles et accueillir près de 200 personnes de la rue.
Malgré, ou peut-être plus encore, en raison des circonstances actuelles, Hiver Solidaire reste un lieu de rencontre vraie, une occasion de partager une expérience humaine et spirituelle.


Dans le Xe arrondissement, à Saint-Vincent-de-Paul, Hiver Solidaire commencera  le dimanche 3 janvier à 19 heures 45 à la crypte de l'église où nous accueillerons quatre personnes de la rue. Et tous les soirs suivants,  jusqu'au printemps.
Pour cette année très particulière, avec l'aide d'un médecin hospitalier, bénévole d'Hiver Solidaire, nous avons élaboré un protocole sanitaire sur mesure.
Ce protocole a aussi été validé par le médecin du Centre COVID Précarité de la Direction de la Santé Publique qui nous encourage à continuer d'accueillir les personnes de la rue pour l'hiver, comme nous y engage aussi le Vicariat pour la Solidarité du Diocèse de Paris.



Sainte Véronique et la Sainte Face,
Theotokopoulos Domenico, dit Le Greco (1541-1614), 
huile sur toile 91 x 84 cm, Tolède, Musée de Santa Cruz.
Les dîners se feront à six autour de la table : deux bénévoles et quatre accueillis. 
Un bénévole référent sera toujours présent entre 19 heures 45 et 8 heures du matin.
Les quatre accueillis dormiront chacun sous une tente installée à bonne distance dans la crypte.
Quatre sans abri, comme quatre points cardinaux, sous des tentes, sous le plafond de la crypte de l’église Saint-Vincent-de-Paul. Un abri dans l’abri comme un tableau dans le tableau, une mise en abyme pour ne pas oublier de ne pas nous laisser aspirer par l’abîme de notre indifférence.

Nous appelons dès aujourd'hui des bénévoles pour assurer cette mission tous les soirs de la semaine : préparer un repas simple pour six personnes et le partager ou passer la nuit avec les personnes accueillies.






Association Hiver solidaire Saint-Vincent-de-Paul
avec le soutien de la Fondation Notre Dame 
et de la 
Fondation Frédéric Ozanam


jeudi 19 mars 2020

Hiver Solidaire, "des étincelles dans ma vie !"

Témoignage de Charly


Blanche, Pascale, Benoit, Bah, Gregory, Laurent, Dan, Ahmed et Petru,
bénévoles et accueillis d'Hiver Solidaire 2020
« Cela fait 6 ou 7 ans que nous vivons ici, 6 ou 7 ans que je vois avec admiration Saint Vincent de Paul qui mérite tellement bien son nom : une paroisse qui se bouge, des bénévoles tellement incroyables, tellement forts, trop forts !!!

Il y a 2 ou 3 ans, Priscille, mon épouse, m’a dit : ”Viens, on va dîner avec des sans-abris chez les Captifs !”. Je n’ai pas pu, je n’ai pas su, prisonnier dans ma crise de foi et mes appréhensions.

Et puis 2, 3 évènements forts en Novembre, notamment la Porte d’Aubervilliers, coincés en voiture au milieu des réfugiés, de la misère du monde, le Choc, la Honte !!!
Avec Hiver Solidaire si près, je ne pouvais plus hésiter, j’ai sauté le pas....
Quelle chance pour moi qui remet des étincelles dans ma vie !

Concrètement, Hiver Solidaire, c’est surtout créer des liens, c’est donc mieux de venir plusieurs fois.
Ce sont 6 accueillis qui s’engagent, 2 accueillants ou accueillantes qui apportent un repas toujours savoureux et copieux et qui passent la soirée avec nous,

2 accueillants dont un référent ou référente qui restent pour la nuit.
C’est de la chaleur partagée; même parfois, sans un mot, on se parle...
Pour eux, on espère que c’est un moment de pause: ne pas devoir passer la journée à chercher un abri pour la nuit, ça ouvre des possibilités...
3 accueillis ont ainsi trouvé place dans une résidence où ils sont désormais colocataires. Ils ont immédiatement été remplacés, Hiver Solidaire est toujours en surbooking !

J’hésite à évoquer mon engagement au delà de mes proches. J’ai tort. Il faut faire savoir que c’est possible, que ce n’est pas très difficile et que ça fait un bien fou.
Enfin, ne dites pas que ce que je fais est formidable. Ceux qui sont formidables, ce sont les accueillis, car eux, ils sont là tous les soirs, courageux, bons, sympas, méritants.

Dans tous les cas, tous, à un moment ou à un autre, feront de leur mieux pour participer, et tous, savent remercier à leur façon.

Et à tous merci, vous les accueillis, vous les accueillants, et merci à vous les coordinateurs, qui depuis 10 ans, faites un travail aussi rayonnant sur chacun de nous...»


Témoignage de Virginie


La table vide, Hiver Solidaire 2020, Crypte de l'église SVP
« Ces deux mots que je prononce et que j’écris plus que de raison depuis 2 ans.
Hiver Solidaire, c'est le plus beau signe de fraternité que je connaisse. Bien au-delà de quelques dîners partagés, bien au-delà de quelques nuits passées ensemble, de ces cafés pris un mardi matin à la Maison Bleue ou d'une pizza chez Michel Angelo, bien au-delà d'un groupe Whatsapp et d'un Doodle parfois difficile à maitriser. Hiver Solidaire c'est tout ça et tellement plus à la fois.
Ce soir, je pense à vous, mes amis bénévoles.
C'est vous qui faites la force de ce groupe. Ce soutien mutuel que nous nous apportons, cette écoute toujours bienveillante, si apaisante dans les moments compliqués que nous avons eu à vivre, plus que jamais ces dernières semaines, me touchent à un point que vous n’imaginez pas. Ce soir l’évocation de vos prénoms me réchauffe le coeur : Damien, Roland, Pierre, Corinne, Véronique, Olivier, Bertrand. 

Si loin de moi, si différents les uns des autres, mais tous prêts à se donner corps et âme pendant ces mois d'hiver et au-delà pour "nos gars".

Hiver Solidaire, c'est beau. Et c'est moins beau parfois. C'est dur, c'est triste, ça fait faire des nuits blanches, ça fait pleurer trop souvent et d’autres soirs ça fait pleurer de rire, ça fait s'interroger, se remettre en question chaque soir, chaque matin, à chaque rencontre. Mais qu’est ce que ça fait du bien de ne pas être sur de soi, de faire des erreurs et de s’en rendre compte.

Hiver Solidaire, c’est surtout vous « les gars », mes amis, aux prénoms gravés à jamais dans mon coeur : Kader, Michel, Fofana, Dan, Julien, Petru, Bah... et les autres que j’ai eu tant de plaisir à retrouver chaque soir autour de cette grande table en bois. Cette table que j'aime tant et qui va tellement me manquer dès demain.

Ce soir ma tristesse est égoïste je le sais. J’aurais aimé que ces soirées dans cette crypte ne s’arrêtent pas tout de suite, pas si vite.
On reçoit tellement plus qu'on ne donne ici. Hiver Solidaire c’est être en veille nuit et jour et mettre de coté le reste de sa vie pendant 3 mois. Maintenant je vais me reposer un peu mais je penserai chaque jour à vous mes amis, c’est promis.»






lundi 16 mars 2020

Compte-rendu du 73e et dernier soir d'Hiver Solidaire 2020

D'un soir à l'autre, d'un bénévole à l'autre un lien se noue avec les personnes de la rue accueillies dans le cadre d'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Dimanche 15 mars, Bah, Daniel, Petru et Samson ont été accueillis par Sarah, Anne et Arnaud.

L’Ange debout dans le soleil, Joseph Mallord William Turner (1775-1851), 
huile sur toile, 78,7 x 78,7 cm, Londres, Tate Collection
Nous sommes arrivés avec des consignes d’hygiène très précises à respecter. Tout le monde était là.
Après passage au lavabo pour laver les mains, javellisation de la table, nettoyage à nouveau de la vaisselle et installation de la table par les bénévoles.
Petru était visiblement chagriné de ne pouvoir mettre la main à la pâte et s’est rattrapé sur la rituelle bénédiction pendant que Sarah servait une réjouissante salade de crevettes aux 1000 saveurs. Ensuite a suivi un curry de poulet aux 4 céréales non partagé par Petru qui, à son habitude, est parti se coucher. 
Sur les consignes de Damien, nous avons écourté le moment du repas et écarté le fromage pour mieux savourer le quatre-quart aux poires de Sarah .
Nous étions tous inquiets, Sarah en particulier en imaginant le confinement de la famille en restant à Paris. Lorsque Arnaud a évoqué avec Bah et Samson l’acte héroïque de Mamoudou Gassana lorsqu’il a sauvé cet enfant suspendu, Bah n’a pas hésité, il aurait fait de même et d’ailleurs comment faire autrement. Puis Sarah nous a quitté vers 9h30 un peu avant le coucher .
La nuit a été assez mouvementée, Petru allant demander à Daniel d’arrêter de ronfler.
Lever à 5 h 45 pour Samson, café puis départ. Ensuite Petru à 6 h 30 pour un retour éclair vers 7 h 45.
Il reste une baguette et un pain aux céréales, 4 clémentines, 4 parts de quatre-quarts aux poires.
Nous nous sommes quittés à 8 heures sur une réflexion optimiste de Daniel résumée approximativement :
Les hommes ont bien su détruire la terre sur laquelle ils vivaient, ils sauront la reconstruire …



Compte-rendu du 72e soir d'Hiver Solidaire 2020

D'un soir à l'autre, d'un bénévole à l'autre un lien se noue avec les personnes de la rue accueillies dans le cadre d'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Samedi 14 mars, Bah, Daniel, Petru et Samson ont été accueillis par Sixtine, Nathalie, Xavier, Ahmed et Fofana.


Agouti, 1804, Léon de Wailly (actif de 1801 à 1824)
dessin sur papier vélin, Paris, Muséum national d’Histoire naturelle 
(MNHN), bibliothèque centrale.
Début de soirée un peu affairé. Sont déjà là Sixtine et Xavier les bénévoles dîner, ainsi que Samson, Daniel, Petru et Ahmed (bras chargés des victuailles de Carton apportées par Agnès et Roland) ce dernier discutait avec un homme d’une cinquantaine d’années qui souhaitait dormir. Après lui avoir expliqué qu’il y avait des démarches auprès des captifs, Roland et Agnès ont gentiment pris le temps de l’accompagner pour lui montrer les locaux des captifs. 
Pendant ce temps, Bah était arrivé. Sixtine et Xavier géraient en vrai pro le repas et le couvert était mis. 
Le repas commence comme il se doit après le bénédicité de Petru et la litanie des prénoms commence (plusieurs pages de carnet sont maintenant nécessaires). Vers 21 heures Fofana arrive en renfort pour la nuit (grande reconnaissance) avec comme invité surprise Soro.
Au menu : soupe de légumes, spaghettis à accommoder aux goûts de chacun : champignons, lardons, fromage râpé. 
Les fruits ont eu plus de succès que les gâteaux. 
Les discussions furent détendues et joyeuses sur fond d’un virus dont je tairai le nom ; sujets au choix : animaux de la brousse (agouti), des inégalités de richesse, la colonisation etc. Samson est parti assez vite se coucher, j’apprendrai en fin de soirée qu’il fut victime d’un vol avec agression. 
Petru, après la soupe, a discuté avec Sixtine et Xavier aidés de Google traduction .
Joie de retrouver Ahmed,Soro et Fofana qui apportent toujours simplicité, sourire et positivité (on en a bien besoin). Le nettoyage et le rangement furent efficaces, comme d’habitude.
Coucher aux alentours de 22 heures après avoir raccompagné Soro, Sixtine et Xavier. 
Le réveil de Petru fut matinal comme d’habitude (même le dimanche) à 6 h 20 pour un départ à 7 heures. Fofana part un peu avant 8 heures, les autres profitent de la grasse matinée du dimanche. Le petit déjeuner sera concentré sur le soutien envers Samson et je sens une très grande solidarité entre eux.
Départ tranquille vers 9 h 15 .


samedi 14 mars 2020

Compte-rendu du 71e soir d'Hiver Solidaire 2020


D'un soir à l'autre, d'un bénévole à l'autre un lien se noue avec les personnes de la rue accueillies dans le cadre d'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Vendredi 13 mars, Bah, Daniel et Petru ont été accueillis par Virginie, Antoinette, Ahmed, Laurent et Bertrand.


La soupe aux huîtres, 1942, Paul Jacoulet (1896-1960), 
aquarelle et dessin au crayon sur papier, 
Paris, musée du quai Branly - Jacques Chirac
Petru nous distribue à l’arrivée du gel hydro alcoolique... avant de nous attraper affectueusement à pleines mains pour nous montrer comment ouvrir la crypte... et que nous lui rappelions qu’il faudra attendre quelques semaines avant de retrouver nos bonnes vieilles habitudes tactiles latines. 
Samson annoncera plusieurs fois son arrivée dans la soirée... mais ne viendra pas. Nous leur annonçons l’arrivée de Michel dimanche soir. Il manque du savon et presque plus de gel hydroalcoolique.
Salade de saumon et pommes de terre, riz au curry, poulet et légumes, gâteau aux pommes et vanille. 
Bah pense qu’Antoinette devrait ouvrir un restaurant africain à Château d’eau. 
Dan disserte sur les desserts salés (les « comtesses », des petits sablés guyanais) et son enfance dans l’arrière-cuisine du restaurant de sa grand-mère et son père. 
Ahmed regrette qu’il n’y ait plus de soupe à son foyer ni ce soir (« la soupe est morte avec le coronavirus ») et au contraire Dan se réjouit que Virginie ait un peu varié les plaisirs pour les entrées. Il part donc dans une caricature délirante des paroissiens - difficile à retranscrire par écrit sans pouvoir reprendre notamment son intonation de voix - qui déclenche les fous rires. Il se représente en effet en tant que jury - malgré lui ! - d’un concours de soupe (« gouttez ma soupe, elle est pas bonne, elle est au butternut » !).
Soirée calme et détendue, presque hors du temps : on passe des internats irlandais de la seconde guerre mondiale - très précaires avec un semblant de toilette une fois par semaine - aux considérations sur l’impact des marées sur notre équilibre interne et notre capacité à produire de l’électricité avec notre corps en passant par la description d’Ahmed de sa nouvelle vie dans le douzième qu’il semble apprécier... à partir du moment où il peut continuer à « retourner en famille » deux jours par semaine dormir dans la crypte. 

Tête du Christ, Rembrandt (1606-1669), 
huile sur bois, 35,8 x 31,2 cm, Philadelphie (Pa.), Philadelphia Museum of Art
Pendant la vaisselle, Bah nous fait un cours sur les classifications du rap (celui du 9.1, du 9.2, du 9.3 et de catégorie A, B ou C n’ont bien sûr « strictement rien à voir ») avant que Dan ne pousse la chansonnette avec sa voix de crooner pour Antoinette et nous dévoile sa chanson dédiée à Bah. 
Nous finissons la soirée par une chasse à la souris trouvée en haut des escaliers : l’instrument utilisé pour tenter de l’empêcher de descendre à la crypte – pris pour une planche avant de se révéler sous son vrai visage, un portrait du Christ - ne sera pas très efficace pour l’empêcher de devenir une nouvelle bénévole de nuit.
En sortant, un passage par la boulangerie Carton me permet de le remercier au nom d’Hiver Solidaire. Il répond que c’est normal, qu’il est « croyant », nous échangeons sur nos différentes conceptions de l’aumône et il me dit que par ces temps troublés (il fait référence à Caïn et Abel) il espère que nous saurons garder une certaine fraternité et l’aumône du sourire…





vendredi 13 mars 2020

Compte-rendu du 70e soir d'Hiver Solidaire 2020

D'un soir à l'autre, d'un bénévole à l'autre un lien se noue avec les personnes de la rue accueillies dans le cadre d'Hiver solidaire à Saint-Vincent-de-Paul. 
Le compte-rendu du matin, comme un passage de relais, témoigne chaque jour de ces moments partagés.

Jeudi 12 mars, Bah, Daniel, Petru et Samson ont été accueillis par Caroline, Bruno, Charles et Pierre.


Le rêve. «Il voit dans son sommeil l’Amour, la Gloire et la Richesse lui apparaître», 1883
Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898), huile sur toile, 82 x 102 cm, Paris, musée d’Orsay
Ahmed, que j’avais invité, et Petru étaient là avant 20 heures, Daniel, Bah puis Samson les ont rejoints avant 20 h 30.
Chacun a apprécié à leur juste valeur les savoureuses lasagnes de légumes accompagnées d’une salade verte et la tarte crumble de spéculoos qui les a suivies.
L’axe de la conversation a tourné autour de l’Afrique, que Caroline et Bruno ont un peu visitée : Pays Dogon, Mopti, Nairobi, sans oublier toutefois la Réunion et la Guyane grâce auxquelles nous sommes passés de la diagonale du fou au bagne, désormais librement visitable. Côté virus, c’était plutôt Ebola, mortel en 24 heures, que Corona. Pendant tout le dîner, Petru a été avec Caroline d’une prévenance constante, la revêtant même d’un blouson panthère du plus bel effet.
Le dîner terminé, tout le monde s’est affairé à la vaisselle, Bah et Samson aux bassines, les bénévoles aux torchons; sauf Daniel qui a continué à converser avec Caroline et Petru qui est allé dormir.
Nuit habituelle.
Départ vers 6h30 de Samson et un peu plus tard de Petru. Lever des dormeurs sans difficulté. Charles évoquant le rêve qu’il avait fait au cours duquel j’aurais fait ma gymnastique sous son nez, et qu’il avait modérément apprécié, Bah a rebondi sur «le rêve dans le rêve» qu’il lui arrive de faire, ses rêves se passant toujours dans le passé ou dans le futur, jamais dans le présent (sic). Du rêve au souvenir il n’y a peut-être qu’un pas : souvenir de la 2 CV, de Charles Aznavour, d’un arbre du Mali, le shi, qui donne de l’eau et de l’huile.
Tâches domestiques effectuées de façon parfaitement fluide.
Dispersion de la petite équipe autour de 8 heures.
Apporter 3 baguettes mais surtout pas de fromages ni de clémentines.